Marinella Riccio,
fondatrice

Plus de dix ans entre conseil et entreprise, entre l'Italie et la France. Aujourd'hui, cette même rigueur au service des entreprises qui veulent s'implanter en Italie.

Marinella Riccio a passé dix ans à optimiser les coûts immobiliers de grandes enseignes de distribution, entre Milan et Paris. Elle a fondé SALINA pour appliquer cette même méthode à un autre gisement largement inexploité : les aides publiques italiennes. Rencontre.

Pourquoi l'Italie, et pourquoi maintenant ?

Parce que la politique industrielle italienne a changé de nature. Après des années de déclin relatif, l'État italien a fait un pari résolument keynésien : injecter une demande publique massive — via la réforme des ZES en 2023, le PNRR et la politique industrielle européenne post-Covid — pour attirer l'investissement privé.

C'est une fenêtre d'opportunité comparable à ce qu'ont connu le Portugal ou la Pologne, mais avec un marché intérieur et une base industrielle sans commune mesure. L'Italie reste la deuxième puissance manufacturière d'Europe. Cette fenêtre ne restera pas ouverte indéfiniment : c'est maintenant qu'il faut la saisir.

« C'est un pari keynésien de l'État italien : injecter une demande publique massive pour attirer l'investissement privé. »

Votre parcours est lié à l'optimisation des coûts, pas à la finance publique — comment êtes-vous arrivée là ?

J'ai passé plus de dix ans entre le conseil et l'entreprise, entre l'Italie et la France, spécialisée dans l'optimisation des coûts : j'ai notamment aidé des enseignes de distribution à réduire leurs coûts immobiliers de plusieurs millions d'euros.

Ce métier m'a appris trois choses qui sont exactement celles dont on a besoin pour mobiliser une aide publique : savoir lire une structure d'incitation financière, savoir négocier avec des institutions, et savoir construire un dossier de justification économique solide. La finanza agevolata italienne, ce n'est rien d'autre qu'une négociation avec une contrepartie publique plutôt que privée. La rigueur est identique.

« La finanza agevolata italienne n'est rien d'autre qu'une négociation avec une contrepartie publique plutôt que privée. »

La France attire encore plus d'investissements que l'Italie. N'est-ce pas une niche trop étroite ?

C'est vrai : les données EY le confirment, la France reste en tête des investissements directs étrangers en Europe. Mais l'Italie sous-performe malgré des avantages structurels réels — sa logistique, sa tradition manufacturière, l'agroalimentaire, le luxe.

Cet écart n'est pas fondamental, il est informationnel et bureaucratique. Les entreprises françaises connaissent mal les dispositifs italiens, et l'administration italienne reste difficile à décoder de l'extérieur. C'est précisément là que SALINA intervient : nous ne créons pas un marché, nous comblons un écart d'information sur un marché qui existe déjà et qui est sous-exploité.

« L'écart entre la France et l'Italie n'est pas fondamental, il est informationnel et bureaucratique. »

Que font les Allemands en Italie que les Français ne font pas encore ?

Le Mittelstand allemand réinvestit dans les districts industriels italiens depuis plus de vingt ans — en Vénétie, en Émilie-Romagne, dans les Pouilles. Ce sont des relations de sous-traitance et de co-investissement anciennes, construites patiemment.

Les PME françaises arrivent tard sur ce mouvement. Ce n'est pas un problème de compétitivité, c'est un problème d'antériorité et de réseau. L'opportunité est réelle, elle est sous-explorée par les entreprises françaises, et elle ne demande qu'à être saisie avec la bonne méthode.

« Le Mittelstand allemand réinvestit dans les districts industriels italiens depuis vingt ans. Les PME françaises arrivent tard sur ce mouvement. »

Qu'est-ce que « être native » change vraiment dans votre travail ?

Être à la fois française et italienne, culturellement, ce n'est pas un service de traduction. C'est savoir comment fonctionne réellement une administration italienne, savoir qui appeler dans une Regione ou une Camera di Commercio, savoir lire un bando et comprendre ce qu'il dit vraiment derrière son jargon.

C'est aussi savoir quand une échéance administrative est réellement ferme et quand elle est négociable — une nuance qui échappe systématiquement à un cabinet qui traite l'Italie de l'extérieur. C'est ce double ancrage culturel qui est notre différenciateur central, pas un argument marketing.

« Savoir quand une échéance est réellement ferme et quand elle est négociable — c'est ce qui échappe à un cabinet qui traite l'Italie de l'extérieur. »

Quel type de projet vous passionne le plus ?

Les projets où le dispositif public change réellement l'équation économique d'une entreprise — pas seulement un coup de pouce marginal, mais un facteur qui rend un projet d'expansion possible là où il ne l'était pas.

J'ai un attachement particulier pour le Mezzogiorno : les Pouilles, la Sicile, la Calabre offrent aujourd'hui les taux d'aide les plus élevés d'Europe, et une transformation économique en cours qui mérite d'être racontée autrement que par ses clichés.

« Les projets où le dispositif public rend possible une expansion qui, sans lui, ne l'était pas. »

SALINA va grandir ?

Pas au sens où l'entendent les grands cabinets de conseil. Mon ambition n'est pas de construire une structure de cent consultants, mais de rester un cabinet boutique où je suis personnellement impliquée dans chaque dossier.

Nous nous appuyons sur un réseau de partenaires locaux — juristes, fiscalistes, ingénieurs — pour couvrir chaque expertise nécessaire, mais la relation avec le client, elle, ne se délègue pas. Je préfère dix dossiers menés avec exigence à cent dossiers traités en série. C'est un choix de qualité, pas de volume.

« Je préfère dix dossiers menés avec exigence à cent dossiers traités en série. C'est un choix de qualité, pas de volume. »

Un projet d'implantation en Italie ?

Chaque dossier commence par un échange direct avec Marinella. Décrivez votre projet — nous vous répondons sous 24h avec une première estimation du potentiel d'aides.